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Médium & Guérisseur

Médium & Guérisseur

Travailler avec les Etres de Lumière pour faciliter notre guérison spirituelle et le passage vers l'ère nouvelle

A Rodez, les guérisseurs sont des soignants comme les autres

A Rodez, les guérisseurs sont des soignants comme les autres

Simone est "coupeuse de feu". Son don n'a rien de rationnel, mais un service de l'hôpital de Rodez y croit et fait même appel à elle pour soulager certains patients.

Elle dit qu’elle "fait le secret". Une prière, un signe de croix et le mal s’en va. Depuis quarante ans, Simone Guy, 77 ans, à Rodez et dans les villages aveyronnais des alentours, "coupe le feu". N’imaginez pas une grand-mère recluse, plongée dans ses grimoires : Simone, pimpante dame aux yeux rieurs, est une guérisseuse d’aujourd’hui, joignable par téléphone, jonglant parfois avec cinq patients à la fois pour un méchant coup de soleil, un eczéma, un zona ou des démangeaisons de varicelle.

Que dit-elle pour soigner ? A qui ? Elle sourit, prend un air malicieux, mais ne pipe mot. "Je ne peux pas. Sinon, le secret disparaîtrait." Autres règles à respecter, sous peine de laisser filer ce don qu’une sœur de son mari lui a un jour communiqué : "Ne le transmettre qu’à des personnes plus jeunes, et ne jamais accepter d’argent." Et, pour les malades :

Christine Bicrel, une géomètre de 57 ans frappée par un cancer du sein, a fait appel à Simone Guy pour apaiser les brûlures causées par la radiothérapie. Christine, douce et élégante, n’a rien d’une illuminée. Elle pense juste qu’"on a tous de l’énergie dans le corps qu’il faut aider à faire circuler".

Tout s’est passé très simplement, sans incantations spectaculaires. La guérisseuse n’a vu Christine qu’une seule fois, au début. Ensuite, elle lui a "fait le secret" à distance, en suivant le planning des séances de rayons. Christine explique :

Au centre hospitalier de Rodez où Christine est suivie, de telles pratiques ne font bondir personne. Simone est comme chez elle dans le petit établissement de 439 lits depuis lequel on distingue l’imposante cathédrale gothique du centre-ville. Elle y a passé toute sa carrière d’aide-soignante. Déjà, à l’époque, des patients lui demandaient d’intervenir pour des brûlures. Et aujourd’hui les secrétaires et les infirmières du service de radiothérapie glissent sans sourciller aux malades qui le souhaitent ses coordonnées, ou celles de la dizaine de guérisseurs exerçant dans le coin qui figurent sur leur liste.

Le chef de service en personne, le Dr Alain Marre, cancérologue ici depuis trente-cinq ans, est même le premier à lâcher le mot "guérisseur" lors de ses consultations.

Bien sûr, il n’est pas question pour le médecin de déroger au lourd protocole de référence : chirurgie, chimio, radiothérapie... Et quand une patiente, c’était il y a quatre mois, lui a dit qu’elle comptait combattre sa tumeur à coups de poudre de corne de bœuf et de sang d’âne, il s’y est immédiatement opposé. "Je n’attends des guérisseurs qu’un bénéfice sur la qualité de vie", précise Alain Marre.

Pour tenir à distance l’angoisse qui étreint les malades, le Dr Marre énumère aussi les bienfaits du sport, de l’art-thérapie… Il a accroché sur les murs jaune vif de son service les aquarelles champêtres peintes par ses patients. Des poissons virevoltent dans l’aquarium de la salle où les malades attendent leur rendez-vous, agrippés à leurs résultats d’analyse.

Un exemple à défaut d’une preuve ? Il raconte :

Nombre de ses confrères oncologues haussent les épaules devant ces supposés miracles. Avec ses patients, en revanche, il est en terrain conquis. Rares sont les Ruthénois qui doutent de ces pouvoirs. Les noms et téléphones des guérisseurs parcourent les campagnes. "Quatre-vingt-dix pour cent de mes patients en ont déjà contacté un avant de me voir", affirme le Dr Marre.

Ils sont présents, en filigrane, à chaque étape de la maladie. Souvent, même, les gens en consultent plusieurs. C’est le cas de Christine, qui avant de connaître Simone, la coupeuse de feu, s’est fait aider d’un guérisseur. "Mes filles l’ont appelé pour moi juste avant qu’on me retire le sein gauche, raconte-t-elle. Je ne l’ai jamais rencontré, je ne sais pas exactement ce qu’il a fait. Mais ensuite, la chirurgie s’est bien passée. Je n’étais pas stressée et je n’ai pas eu mal au réveil." Elle poursuit :

Pour Paula, 40 ans, qui a elle aussi un cancer du sein, c’est le premier jour au centre hospitalier de Rodez, où elle suivra sa radiothérapie. Le Dr Marre n’a pas eu besoin de lui parler des coupeurs de feu. Son mari en a déjà appelé un. Paula ne le rencontrera sans doute jamais : leur seule interaction sera le SMS qu’elle lui enverra avant d’être bombardée de rayons. Avant cela, elle a vu une magnétiseuse tout le long de sa chimio.

Que lui a fait la magnétiseuse en question ? Tout juste saura-t-on qu’elle lui a donné une médaille. Le chirurgien de Toulouse qui a retiré une tumeur à Carrie, secrétaire de mairie de 43 ans, lui a conseillé de faire appel à un coupeur de feu pendant la radiothérapie. Carrie a donc demandé à "une mamie" de son village de l’aider. "Je lui ai donné les horaires de mes séances. Elle m’a dit : 'Je penserai à vous chaque fois.' Comme elle était croyante et moi non, j’avais peur que cela ne fonctionne pas. Mais, selon elle, cela ne pose aucun problème. Finalement, je n’ai ressenti aucune souffrance, alors que je voyais bien ma peau passer du rouge au noir à cause des rayons, puis se mettre à suinter."

La guérison à distance ou par portable ? Cela fait doucement ricaner un radiothérapeute en vacation à Rodez. Mais dans son hôpital de rattachement, à Albi, "c’est pire ! 99% des patients sollicitent un coupeur de feu. Et quand je travaillais au Pays basque, c’était pareil". Melissa, une jeune infirmière, est tombée des nues en débarquant l’été dernier à Rodez, dans ce service où faiseurs de secret et magnétiseurs ont leurs entrées.

Dans quelques mois, le Dr Marre prendra sa retraite. A coup sûr, l’ombre des guérisseurs continuera de planer sur le service. Le médecin emportera avec lui les nombreuses lettres de ses patients, gardées précieusement dans un tiroir au fil des ans.

L’une d’elle vient d’une institutrice de 40 ans, décédée trois semaines après l’envoi du courrier : "Merci. Grâce à vous, je ne me suis jamais sentie comme un objet qu’on manipule, mais comme un patient qu’on écoute."

Bérénice Rocfort-Giovanni

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20150224.OBS3272/a-rodez-les-guerisseurs-sont-des-soignants-comme-les-autres.html

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